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Après une célébration inter-religieuse à la mosquée de Pau le 18 novembre 2015, et un weekend portes-ouvertes les 9 et 10 Janvier 2016 dans cette mosquée, c'est à la synagogue de Pau, qu'une nouvelle invitation a été lancée ce dimanche après-midi 6 mars 2016.

Revenons un instant sur ces rencontres :


 

Cérémonie inter religieuse à la mosquée de Pau :

Des gens de bonne volonté

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn, mercredi 18 novembre 2015

Une cérémonie interreligieuse a eu lieu mercredi à 19h30 à la mosquée de Pau, avenue des lilas. En présence de représentants des cultes catholique, protestant, juif et bouddhiste. La préfecture et la mairie étaint également conviées.

Après les attentats perpétrés à Paris vendredi soir, les fidèles de la mosquée de Pau avaient décidé de marquer leur solidarité avec les familles et leurs proches en conviant tous les croyants à une cérémonie interreligieuse ce mercredi soir.

Une prière qui s'est accompagnée de l'appel du groupe interreligieux de Pau, avec le concours de La Fraternité François d’Assise de Pau : 

« Indignés et attristés par les attentats qui ont eu lieu à Paris et à Saint-Denis dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015 nous voulons :

  • Témoigner de notre profonde compassion à toutes celles et tous ceux qui ont été touchés par ces attentats, que ce soit au prix d'une vie, de blessures corporelles, ou de marques psychologiques et morales. 
  • Nous condamnons ces agissements qui visent à semer la violence et la peur, et dresser les Hommes les uns contre les autres.
  • Nous affirmons avec force et détermination que le nom de Dieu ne saurait être invoqué pour légitimer quelque violence que ce soit.
  • Nous ne souhaitons pas nous en tenir à de belles paroles, mais nous voulons partager un moment de fraternité vécue et de paix.
  • Nous invitons toutes celles et tous ceux qui se sentent concernés à un moment de prière commune à la mosquée de Pau, mercredi 18 novembre à 19h30 ».

Une initiative saluée par l'abbé Jean-Jacques Dufau, curé de la paroisse du Christ-Sauveur, dans le centre-ville de Pau :
« On ne peut croire à un Dieu qui veut la mort des gens. Pour nous les chrétiens et je pense aussi pour les autres religions, ce qui compte, c'est un Dieu qui veut la vie. Tous les croyants doivent rester unis, les religions doivent aller dans ce sens-là, créer une bonne entente entre les peuples... » dit-il.


L'imam, le rabbin et les représentants des cultes © Radio France - Daniel Corsand

Les organisateurs de cette cérémonie inter-religieuse ont été surpris du nombre. Certains fidèles n'ont pas pu rentrer dans la salle de la mosquée de Pau. Au moins 300 personnes se sont déplacées pour ce moment de prière œcuménique avec tous les responsables des différents cultes représentés à Pau.

« Ne tuez pas la personne humaine car Allah l'a déclaré sacrée »
L'imam citant le coran (Abdellatif Benamar, l'imam remplaçant)

Portes-ouvertes à la mosquée de Pau


"C'est la première fois que je viens dans une mosquée", a témoigné un visiteur
© Le Deodic David

Lire l'article du journal Sud-Ouest

Un dialogue très ouvert où toutes les questions ont pu être posées comme, par exemple :

  • Le rôle des femmes ?

L'imam : Il y a des femmes saintes et des femmes savantes. La femme a tous les rôles et la mère est très importante : on dit que le paradis commence aux pieds de la mère. Je baise les pieds de ma mère.

  • La transmission de la foi, l'interprétation des textes ?

Être musulman, c'est accepter tous les prophètes : Abraham, Jésus... Ce n'est pas dire "Je ne veux pas celui-là". On croit ou ne croit pas. Savez-vous combien de temps il faut pour être savant ? Toute une vie. Seuls les savants peuvent interpréter les textes car il faut être très cultivé pour pouvoir le faire : être capable de lire en arabe les textes, les traduire sans sortir du contexte. Or certains ne prennent qu'une partie du texte et la sortent du contexte...

Le problème est qu'à sa mort, en 632, Mahomet, dernier grand prophète du monothéisme, n'a pas laissé de directives d'où les deux grands courants Chiites et Sunnites. Il ne nous appartient pas à nous d'interpréter.

Document du Monde pour comprendre :
Se pose alors la question du successeur le plus légitime pour diriger la communauté des croyants :
- les futurs chiites désignent Ali, gendre et fils spirituel de Mahomet, au nom des liens du sang
- les futurs sunnites désignent Abou Bakr, un homme ordinaire, compagnon de toujours de Mahomet, au nom du retour aux traditions tribales

Une majorité de musulmans soutiennent Abou Bakr, qui devient le premier calife. Depuis, les sunnites ont toujours été majoritaires. Ils représentent aujourd’hui environ 85 % des musulmans du monde. Les seuls pays à majorité chiite sont l’Iran, l’Irak, l’Azerbaïdjan et Bahreïn, mais d’importantes minorités existent au Pakistan, en Inde, au Yémen, en Afghanistan, en Arabie saoudite et au Liban.

  • Ne peut-on pas repérer les jeunes qui se font embrigader ?

Comment voulez-vous que l'on fasse ? On est les premiers à en souffrir !
Quand un jeune s'est, par exemple drogué, et qu'il veut se repentir, certains vont profiter de cette fragilité et vont lui dire : "ce que tu as fait est très mal, mais nous on va te montrer le chemin de la conversion". Voilà comment certains vont se faire embrigader...

Après cela, et la visite de la salle pour les femmes avec les bassins pour se purifier, de délicieuses spécialités et le thé étaient proposés par des femmes musulmanes... une autre occasion de parler avec elles. Partout l'accueil a été chaleureux.


 Rencontre inter-religieuse à la synagogue de Pau

6 mars 2016 de 14h à 17h30

sur le thème de la Miséricorde


avec, de gauche à droite : Khalid Saber, nouvel Imam de la Mosquée de Pau - Louis Crouzat, Eglise Catholique - Pascale Albert, Communauté bouddhiste Zen - A.Françoise Deschamps, Communauté Bouddhiste Tibétaine - Martine Bénaïm, Communauté Juive - Jean-Michel Baux, Fraternité Franciscaine - Nicolas Rocher, Pasteur Eglise réformée - Philippe Reigner, Pasteur Eglise adventiste du 7e jour.

A la synagogue, Martine Bénaïm et un membre de la Communauté Juive, ainsi que Jean-Michel Baux de la Fraternité Franciscaine nous ont accueilli, mais hélas, seule une centaine de personnes a pu être présente, pour des raisons de sécurité.

C'est par une prière dans chacune des traditions (juive, bouddhiste tibétaine, bouddhiste Zen, catholique et musulmane) que la rencontre a commencé.


Rencontre inter-religieuse 2016 à la synagogue... par Chr-Sa-64

St François d’assise a été l’un des premiers à vivre un dialogue avec les musulmans en allant à la rencontre du sultan Malek el Kamil en Egypte, et en 1986, Jean Paul II inaugurait une première rencontre avec toutes les traditions religieuses à Assise.

C'est pour cela que la Fraternité Franciscaine - dont Jean-Michel Baux fait partie - porte le souci de ce dialogue inter-religieux. Après cet accueil chaleureux dans la synagogue, son introduction a donné l’esprit de cette rencontre et de ce regard, cette attitude à avoir pour « générer un climat de vie sociale apaisée » : 

« A la manière de François d’Assise je vous dis PACE E BENE, paix et tout bien. Que nous puissions contribuer à la paix, au bien, au bon, à la Beauté simplement et fraternellement. Que nous nous laissions habiter par celui qui donne le souffle et la lumière afin d’être dans une écoute bienveillante.

A Pau, voilà maintenant 10 ans que nous nous rencontrons entre membres de religions différentes et nous mesurons, à la suite des évènements tragiques que nous avons connus, combien il est nécessaire de se rencontrer pour mieux se connaître et dépasser nos peurs, travailler sur nos intolérances. Les évènements nous ont amenés à poser des actes forts pour signifier ce désir de manifester que nos religions sont des chemins d’amour et de miséricorde.

Nous nous sommes retrouvés nombreux à la Mosquée de Pau, de Mourenx. Dans de nombreuses villes des démarches ont eu lieu, des rencontres, des portes ouvertes… Beaucoup ont franchi pour la première fois les portes d’une mosquée et aujourd’hui certainement quelques-uns découvrent la synagogue. Il est important d’aller les uns chez les autres, de vivre l’hospitalité et développer du vivre ensemble. Je remercie particulièrement nos frères et sœurs de la communauté juive de nous accueillir, compte tenu des circonstances de l’état d’urgence et des menaces qui pèsent sur leurs communautés.

Lors de notre dernière rencontre, nous avions dialogué sur le thème de la prière et l’abbé Louis Crouzat avait d’abord éclairé la question de la laïcité : une invitation à  une laïcité ouverte où chacun a sa place et peut  vivre avec ses différences. Nous avons découvert quelle place tenait la prière pour chacun, comment il le vivait concrètement, combien nous avons besoin d’être relié avec ce qu’il y a de plus profond en chacun de nous pour entrer dans une juste relation à soi, à l’autre, à Dieu. »

Cette nouvelle rencontre a permis de continuer le « chemin d’approfondissement, de connaissance mutuelle avec le thème de la miséricorde. La prière est notre lien avec Dieu, la miséricorde est l’expression de ce lien. Dans cette rencontre de cœur à cœur, nous découvrons notre petitesse en amour, en bienveillance, combien nous sommes mal ajustés, blessés, mais nous découvrons aussi combien nous sommes aimés inconditionnellement tels que nous sommes, avec tendresse et bienveillance. »

Alors, la miséricorde dans chacune des traditions, que signifie-t-elle ou implique-t-elle ?

Imam Khalid Saber (extrait)


 « "La grâce, le pardon accordé à ceux que l’on pourrait punir " est une définition parfois utilisée pour décrire la miséricorde. Mais qu’est-ce que la miséricorde (Rahma), en islam ? L’islam a donné à la miséricorde un sens encore plus profond, en a fait l'aspect essentiel de la vie du musulman pour laquelle Dieu le rétribue. La miséricorde de Dieu qu'il accorde à toutes ses créatures se manifeste dans tout se qui nous entoure : dans le soleil qui nous accorde lumière et chaleur, dans l'air et l'eau qui sont essentiel à la vie. Une sourate entière du Coran est nommée ar-Rahman "le Tout Miséricordieux" ; deux des noms de Dieu sont dérivés du terme miséricorde, ce sont ar-Rahman "Le Tout Miséricordieux" et ar-Rahim "Le Très Miséricordieux". Ces deux attributs sont mentionnés au début de 113 sourates. Pour le lecteur, cette phrase rappelle la miséricorde infinie de Dieu et ses nombreux bienfaits.

Dieu nous assure que quiconque commet un péché sera pardonné s’il se repent sincèrement et cesse de répéter le péché en question.  Il dit :
"Votre Seigneur s’est prescrit à Lui-même la miséricorde.
Et quiconque d’entre vous fait un mal par ignorance,
se repent par la suite et s’amende…
Alors Dieu est Pardonneur et Miséricordieux." (Coran 6:54)

Dieu s'est prescrit lui-même d'être miséricordieux et il nous rassemblera, sans nul doute, le jour de la résurrection.
Quant au Prophète, il nous précise que la miséricorde de Dieu précède sa colère. Un texte prophétique dit : "Lorsque Dieu eut terminé l'œuvre de la Création, il écrivit sur son livre : ma miséricorde l'emporte sur ma colère". Cette miséricorde divine est au centre des rapports qui relient Dieu à ses serviteurs ; elle est aussi implantée dans les créatures et dans la nature des êtres vivants... Les créatures se témoignent mutuellement de la compassion. Allah a gardé 99 miséricorde pour le jour du jugement.

Les liens entre les êtres humains se font sur la miséricorde ; ce lien est dit "lien de parenté" ou "Utérus", car le Coran rappelle que les êtres humains constituent une seule et grande famille, puisqu'ils sont tous descendants d'Adam et d'Eve et, qu'à ce titre, ils se doivent de respecter les liens de sang. La préservation de ces liens de parenté ne se limite pas seulement aux proches parents, elle s'étend à tous les êtres humains qui doivent être solidaires les uns des autres, quelle que soit leur appartenance ethnique ou religieuse.
Plus le croyant est habité par la miséricorde et l'amour de Dieu, plus il réalise cet idéal pour lequel il a été créé. On ne peut pas croire véritablement tant que l'on n'est pas miséricordieux. Le Prophète : "Vous ne croirez pas jusqu'à ce que vous soyez miséricordieux" ; ses compagnons répliquèrent : "Ô envoyé de Dieu, nous sommes tous miséricordieux ; le Prophète reprit alors : "Je n'entends pas par là la miséricorde que l'un d'entre vous a naturellement pour son compagnon, mais une miséricorde qui s'étend à tous", c'est-à-dire une miséricorde qui s'étend à tous les êtres humains, qu'ils soient musulmans ou pas, qu'ils soient pratiquants ou pas, qu'ils soient bons ou mauvais. La miséricorde consiste également à savoir pardonner, maitriser sa colère. Il a été dit à ce sujet trois caractères qui se dévoilent des trois situations :
"On ne reconnait le miséricordieux que pendant sa colère, on ne reconnait le courageux que pendant la guerre, on ne reconnait le vrai frère que dans le besoin".

Les manifestations de la miséricorde.

Dans l'Islam, la miséricorde s'étend jusqu'aux ennemis en temps de guerre comme en temps de paix... à l'image du Prophète qui se montra exemple de miséricorde et d'indulgence en relâchant tous les prisonniers, sans demander aucune rançon, et en leur pardonnant les persécutions et la torture de nombreux musulmans sur les 13 premières années de sa mission... »
L'imam développe ensuite la miséricorde envers les parents, les enfants, entre époux : « miséricorde et amour sont les fondements même de la famille », la miséricorde envers les proches, les orphelins, les pauvres, les malades et les handicapés, les voisins, les animaux car ce sont des créatures : « Ne pas les tuer sans raison valable », la miséricorde envers les pécheurs car « la miséricorde est liée à la notion de pardon...
La miséricorde embrasse toute chose, nous dit le Coran, c'est pourquoi on doit être miséricordieux envers ceux qui font des erreurs, commettent des péchés ou sont désobéissants. »

(ci-dessous : conclusion en vidéo)


Rencontre inter-religieuse 2016 à la synagogue... par Chr-Sa-64

« Conclusion : dans tous les textes cités, nous pouvons reconnaître une réelle beauté humaine et spirituelle. Dans cette lumière de la miséricorde, juifs, chrétiens, musulmans, athées, tout être humain, peuvent facilement se reconnaitre, se respecter, s'estimer et même s'aimer. Le Coran insiste sur l'obligation pour l'homme d'être miséricordieux envers ses semblables comme envers le reste de la création. Dieu est représenté en lui-même comme "le tout miséricordieux", c'est seulement dans cette attitude de compassion vécue que l'homme peut nouer une relation avec Allah, avec le"Très Haut". La pratique nous montre également que le seul chemin possible vers Dieu est celui de l'amour. S'inspirer de la miséricorde est un moyen pour nous de travailler sur nous-mêmes, réveiller notre cœur et apprendre à vivre entre nous la proximité de celui par lequel toute chose est née.
Tout acte, toute pensée, toute action doit être accompagné d'une méditation ou d'une réflexion qui ramène à la miséricorde. C'est en cela que Dieu peut révéler notre humanité. Nous naissons homme, mais nous n'atteignons la qualité d'être humain qu'en allant dans le sens de cette miséricorde. C'est par l'attitude que nous avons à l'égard de nos semblables, en tant qu'être miséricordieux, que nous devenons celui qui vit de la miséricorde et la produit autour de lui. »

Martine Bénaïm de la Communauté Juive (extrait)

 "Toi le Maître des Pardons qui sonde les cœurs et libère des profondeurs,
toi qui intercède dans la justice, nous avons fauté contre toi
accorde-nous ta miséricorde."

« Je voulais vous partager ce petit extrait dont le titre est Maître des Pardons, que nous récitons régulièrement durant les 40 jours précédant le jour du Kippour, jour du Grand Pardon : c'est par excellence le jour où l'on fait appel à la miséricorde divine, et également à la miséricorde de tout un chacun. Ce poème liturgique évoque la bonté, la miséricorde et la pitié auxquelles nous faisons appel pour que Dieu juge ses créatures en cette période de l'année. Le nom qui nous intéresse dans cette liturgie, ce poème, c'est le mot Rahem ou Rehem, Rahamin, qui ressemble beaucoup au mot arabe Rahim. Ce mot Rahamin est au pluriel parce qu'on peut imaginer que la miséricorde comporte de très nombreuses facettes, et notamment la facette du Hessed, de la bonté, et il y a aussi le Selihot, le pardon.
Le mot Rahamin, comme l'a dit M. Saber, est tiré de la racine Rehem qui veut dire "Utérus", matrice centrale. On peut donc imaginer quel lien peut entretenir le créateur avec ses créatures : un lien semblable à celui qui unit une mère, ou un père par association, à son enfant...

(ci-dessous : introduction en vidéo)


Rencontre inter-religieuse 2016 à la synagogue... par Chr-Sa-64

A quel moment, dans la Torah, dans l'Ancien Testament, voit-on apparaitre la miséricorde ? Il faut se reporter au chapitre 34 de l'Exode en le replaçant dans son contexte : le peuple, après la sortie d'Égypte, se trouve au pied du mont Sinaï ; Moïse étant monté au sommet depuis 40 jours, il se croit abandonné et se fabrique une idole, le veau d'or. Cette idole-là, il peut la voir, la toucher et surtout l'adorer.Imaginez la colère de Moïse lorsqu'il descend du mont Sinaï, il en casse les Tables de la Loi. Dieu se met également très en colère, il veut exterminer Israël, mais Moïse intercède auprès de lui pour qu'il retienne sa colère. Dieu pardonne et, par ce pardon, il révèlera à Moïse les 13 attributs de miséricorde qui soulignent le pardon divin.

(Ex 34, 5-8) L'Éternel descendit dans la nuée, s'arrêta là, près de lui et proclama nominativement l'Éternel. La Divinité passa devant lui et proclama : "ADONAÏ est l’Etre éternel, tout puissant, clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d'équité ; il conserve sa faveur à la millième génération ; il supporte le crime, la rébellion, la faute, mais il ne les absout point : il poursuit le méfait des pères sur les enfants, sur les petits-enfants, jusqu'à la troisième et à la quatrième descendance." Aussitôt Moïse s'inclina jusqu'à terre et se prosterna.

Les 13 attributs de la miséricorde déduits par nos sages :le premier attribut est le nom de "l'Eternel". … Car parfois le tétragramme désigne l'essence divine [Dieu en Lui-même] et parfois un attribut [Dieu en relation avec le monde]. … 
le 2ème attribut est "tout puissant", 
le 3ème clément, 
le 4ème miséricordieux, 
le 5ème tardif à la colère, 
le 6ème plein de bienveillance, 
le 7ème équité, 
le 8ème Il conserve sa faveur à la millième génération, 
les 9ème, 10ème et 11ème Il supporte le crime, la rébellion, la faute. 
le 12ème Il pardonne, et ne pardonne pas [en fonction du jugement], 
le13ème Il se souvient de la faute des pères.
Toutes ces qualités sont les composantes de la miséricorde.

Rachi dans son commentaire de Bereshit (Genèse) explique : "L’intention première de Dieu avait été de créer le monde selon l’attribut de justice, (Elokim étant le nom de Dieu lorsqu’Il exerce la justice), mais Il s’est rendu compte qu’il ne subsisterait pas. Aussi a-t-Il fait passer au premier plan l’attribut de miséricorde (l’Éternel étant le nom de Dieu lorsqu’Il agit avec miséricorde) et l’a-t-il associé à celui de la justice. C’est ainsi qu’il est écrit : « le jour où Eternel-Elokim fit terre et cieux » (Gn 2, 4)"
Revenons à ce 4e attribut, miséricordieux. Or en hébreu, Rahamim a la même racine que Rehem (l’utérus) qui est l’organe qui donne la vie. Or le don de la vie dans la tradition juive est l acte même de hessed (générosité, bonté). Il y a donc dans la racine de RaHaMin une idée de bonté.
A la fin de sa première lecture talmudique E.Levinas définit cette notion de Rahamin :
"Mais justice stricte, même flanque de bonté gratuite et d’humilité, ne suffit pas à être un Juif. Il faut que la justice elle-même soit déjà mêlée de bonté – et c’est ce mélange que désigne le mot Rahamim que nous avons mal traduit par pitiéIl s’agit de cette forme spéciale de pitié qui va vers celui qui subit les rigueurs de la loi." Rahamim c’est donc savoir "connaître la pitié et être capable d’actes gratuits" au moment du jugement.

Cependant, 12e attribut, Dieu pardonne ou ne pardonne pas, donc la miséricorde divine n'est pas infinie, c'est-à-dire que si une personne commet consciemment une faute grave et qu'elle ne s'en repentit pas, on peut dire qu'elle ne bénéficiera pas de la miséricorde divine. Exemple avec les épisodes du Déluge et de Sodome et Gomorrhe... Dans ce dernier, Abraham a discuté pied à pied avec Dieu, il s'est montré plus que miséricordieux, il a fait preuve de générosité et de bonté... Il est dit (Lévithique 19,18) : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", c'est-à-dire que tout homme doit être à l'image de son créateur. Nous avons vu que la traduction française des mots hébreux et grec Rahamin et Eleos oscillent de la miséricorde à l'amour en passant par la tendresse, la pitié, la compassion, la clémence, la bonté et même la grâce. Du début à la fin, Dieu manifeste sa tendresse à l'égard de la misère humaine, ce que doit faire l'homme.
André Neher disait : La Miséricorde fait partie intégrante de la relation. “La Miséricorde introduit la relation dans un drame. Un être peut à la limite se séparer définitivement d’un autre être, le perdre de vue, le perdre de mémoire. Le Cœur peut oublier, mais sous le dais éternellement nuptial de l’amour-matrice qu’évoque rahamim, les êtres sont unis dans une coprésence indéchirable. La mère ne peut oublier ; Rahamim est le souvenir (et l’avenir) de l’amour par delà la séparation et la mort. […] La Miséricorde est le perpetual sur-venir de Dieu dans l’histoire éternelle du people juif.” 

Dans sa prière, le croyant juif demande au Seigneur : "Fais que nous unissions ton nom devant tous les peuples, à savoir, que nous unissions dans ton nom et dans notre personne les attributs de justice et de miséricorde". De même que Dieu a créé l'homme à son image, il l'a créé miséricordieux, plein de compassion pour ses frères. Nous avons comme exemple le jour du Yom Kippour, du Grand Pardon. Pour arriver à ce jour, nous devons faire un chemin, nous devons nous adresser à toutes les personnes qui nous sont proches, nos voisins, nos amis, nos familles, toutes les personnes auxquelles nous aurions éventuellement pu faire du mal ou blessé, et nous devons leur demander pardon pour ce que nous avons pu leur faire, volontairement ou involontairement. Chacun doit faire son examen de conscience et corriger ce qui peut l'être, afin d'arriver aussi léger que possible le jour du jugement, le jour du Grand Pardon. Dans la vie quotidienne, ça se manifeste également, il faut être solidaire des autres, des gens de sa famille, des voisins, des enfants, les parents : il faut, autant que possible, participer à la vie de la société, de la communauté, à la vie civile ; et il y a un moment plus précis où la compassion, la pitié, la solidarité se manifestent, c'est lorsqu'il y a un décès dans une famille, une communauté, à ce moment-là, tout le monde se rassemble, tout le monde soutiens cette famille et une des prières qui est dite s'appelle "Dieu plein de miséricorde" et l'on constate que depuis la naissance jusqu'au moment où l'âme du défunt s'en va, la miséricorde est présente à tous les instants. »

Abbé Louis Crouzat de l'Église Catholique

L'abbé Louis Crouzat a abordé ce thème de la miséricorde en partant de plusieurs remarques :
« 1. La racine du mot : l'idée de l'utérus de la femme ne me déplait pas parce ça évoquerait la maternité de Dieu, or, dans le monde chrétien, nous parlons de Dieu comme un Père et ça ne me déplait pas d'imaginer que Dieu puisse être Mère.
2. Il faut ajouter que dans la Bible, la miséricorde est souvent évoquée - Martine nous l'a dit - en binôme avec la justice. Justice et miséricorde sont souvent associées de sorte que la justice de Dieu suggèrerait un Dieu sévère et exigeant, et que la miséricorde suggèrerait plutôt un Dieu compatissant et bienveillant qui sait de quoi nous sommes pétris (Psaume 103)
3. Dès lors que dieu est miséricordieux, l'homme, à son tour, doit faire preuve de miséricorde (Dt 13, 18), et c'est rappelé dans le Nouveau Testament, dans ce passage célèbre des Béatitudes, où Jésus proclame : "Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde ". Jésus, dans ses faits et gestes, n'a cessé de manifester sa miséricorde, et il a même pris un malin plaisir à se rapprocher de tous ceux et celles qui, dans la société de l'époque, étaient jugés indignes d'estime et encore moins de miséricorde.
4. Dès les premiers siècles, non seulement l'Église a exercé sa mission de pardonner - mission confiée par Jésus à ses apôtres - mais, dès la fin de la période des persécutions (1e moitié du 4e siècle), elle s'est interrogée pour savoir s'il fallait ou non réitérer le pardon des péchés : pendant les trois premiers siècles, il était donné par le Baptême et après, on n'en parlait plus, mais, à la fin des persécutions la question se pose de réitérer le pardon des péchés pour ceux qui avaient renié leur foi pour avoir la vie sauve lors des persécutions, et qui demandaient à réintégrer la communauté. A ce moment-là, heureusement, l'Église l'a réitéré au bénéfice des lapsi ("ceux qui sont tombés"), c'est ainsi qu'on appelait les fidèles qui avaient renié leur foi et voulaient revenir.
5. Dans la théologie et dans  la prière de l'Église, la miséricorde reste associée à la justice, comme elle l'est dans l'Écriture, et c'est vrai que ce lien entre justice et miséricorde a alimenté des débats théologiques à l'infini à différentes époques de la vie de notre Église : à l'époque de St Augustin au sujet de la prédestination, puis, plus tard, à l'époque de la réforme protestante, au sujet de la justification par la foi ou par les hommes. Cette tension entre justice et miséricorde a été très présente dans la pensée de l'Église.
6. Au-delà de ces débats théologiques, c'est vrai que les chrétiens des premières décénies ont accordé une attention et une sollicitude particulière - comme manifestation de la miséricorde de Dieu - à certaines catégories de personnes : les orphelins, les veuves, les malades, les étrangers et les prisonniers, ça a été une constante dans l'histoire et la pratique des communautés chrétiennes.
7. Mais, quand je considère l'histoire de l'Église à laquelle j'appartiens, si l'on a accordé une attention particulière à un certain nombre de fidèles, je suis obligé de constater aussi que notre Église catholique n'a pas vraiment fait preuve de miséricorde par rapport à ceux et celles de ses fidèles qui faisaient dissidence. Il faut le dire ! Le midi toulousain a été marqué par l'hérésie cathare, la 1e inquisition a été contre les cathares et les albigeois. Au début de l'époque moderne, quand les juifs ont été chassés d'Espagne et du Portugal, c'est aussi parce que l'Église de l'époque dans ces pays-là a manié l'inquisition. Alors, autant la 1e inquisition, celle du Moyen Âge, a concerné des chrétiens dissidents, autant la 2e inquisition a concerné les juifs chassés d'Espagne et du Portugal, c'est comme ça qu'il se sont arrêtés à Bayonne, et qu'il y a à Bayonne une communauté juive très vivante. L'Église a été très sévère...
8. A l'époque moderne, comme au Moyen Âge avec la veuve, l'orphelin..., c'est à la misère ouvrière que le magistère ecclésial et l'Église catholique ont été sensibles, et je pourrais même dire que c'est par le détour des droits des travailleurs, que le magistère de l'Église catholique s'est rallié aux droits civiques et a fini par reconnaitre la légitimité des Droits de l'Homme, alors que quand la 1e Déclaration des Droits de l'Homme a été proclamée en 1790, l'Église, la papauté de l'époque avait refusé de les reconnaitre. C'est cette attention à la misère ouvrière qui a généré, qui a conduit notre Église à développer tout un enseignement sur les questions économiques et sociales connu sous le nom de Doctrine Sociale de l'Église.9. Qu'en est-il aujourd'hui ? Deux points me semblent à retenir :
- D'abord, puisque j'ai commencé à parler du sacrement du pardon des péchés, il faut bien dire que dans la communauté catholique - et c'est un curé de paroisse qui vous le dit - la pratique du sacrement du pardon et de la situation a un statut un peu incertain... on ne peut pas dire que les fidèles se bousculent pour demander ce sacrement, et lors des permanences pour les confessions on ne peut pas dire que l'on soit débordé par l'affluence... (sauf lors des 24 heures du pardon demandée par le pape qui ont vu passer plus de 300 personnes). Mais je ne surestime pas le problème car, pour être tout à fait juste, le sacrement du pardon n'a jamais été en bonne santé au cours de l'histoire : à deux reprises au moins, tout d'abord au 13e siècle, au Concile du Latran en 1215, et au Concile de Trente entre 1547 et 1563, notre ministère ecclésial, le plus officiellement du monde, a rappelé aux fidèles catholiques qu'ils étaient tenus d'aller demander le pardon de leurs péchés au moins une fois par an... ça veut bien dire que, même à une époque où l'on était plus chrétien qu'aujourd'hui, demander le pardon de ses péchés n'était pas évident.
- Il y a un sentiment d'exclusion d'une certaine catégorie de baptisés, et en particulier dans notre Église les personnes qui ont rompu un premier mariage sacramentel, et qui se sont remariés civilement, n'ont pas le droit de s'approcher de la communion, ni de demander le pardon de leurs péchés. Cette situation va peut-être un peu changer, car manifestement notre pape François, qui a décrété pour l'Église catholique l'Année de la Miséricorde, veut faire bouger les choses, mais ce n'est pas gagné d'avance !

9. Dernière remarque dans l'esprit de notre rencontre : notre Église a quand même su se laisser gagner par l'esprit de miséricorde, d'une part en faisant le choix résolument de œcuménisme interconfessionnel chrétien, c'est-à-dire que notre Église, depuis plus d'un demi-siècle, a fait le choix d'entrer en relation avec les autres confessions chrétiennes non catholiques, et a fait le choix de chercher, quand Dieu le voudra et comme il le voudra, les moyens de chercher l'unité... quand ça arrivera, c'est sans doute le secret de Dieu seul... 
Mais aussi, ça s'est plus récent, notre Église a fait le choix résolument - surtout depuis le Concile de Vatican II, il y a 50 ans - du dialogue inter-religieux, et c'est à ce titre-là que je suis ici. Ce n'est pas toujours bien compris dans nos Églises, certains pensent que c'est une cause presque désespérée, moi je ne le crois pas, et je vais redire ce que je disais tout à l'heure : il faut tenir au dialogue inter-religieux car c'est une condition, pas la seule, essentielle à une vie civique, sociale, apaisée dans notre pays et essentielle aussi aux conditions de la paix internationale. »

L'abbé Louis Crouzat pose ensuite une question aux représentants de chaque communauté. Réponses dans la dernière partie :


Rencontre inter-religieuse 2016 à la synagogue... par Chr-Sa-64

Pascale Albert

de la Communauté Bouddhiste Zen

 « Quand j'entends parler M. Saber, Martine et Louis, évidemment, nous avons beaucoup de points communs, même si nous n'allons pas forcément utiliser le mot de miséricorde, et même si, dans le Bouddhisme, nous ne pouvons pas parler de la miséricorde de Dieu. Je vais un peu expliquer cela : lorsque nous parlons du Bouddha, la nature originelle, le pouvoir cosmique fondamental, le Bouddha ne condamne pas, ne pardonne pas car il n'y a pas de jugement. En fait, l'univers tout entier, chaque être sensible possède la nature de Bouddha, cela reprend ce que disait Françoise tout à l'heure, et cette nature de Bouddha est fondamentalement bonne. Cette nature originelle est plus ou moins voilée selon les êtres, mais elle est toujours présente en chacun de nous, et elle est bonté, compassion et sagesse. Alors, pourquoi ne pouvons-nous pas, en tant que bouddhiste, de la miséricorde de Dieu et peut-être aussi, quelques fois, demander la miséricorde de Dieu ? C'est parce que nous avons la notion de Karma. Le Karma contient deux notions : la notion d'interdépendance entre toutes choses et la notion de la relation de cause à effet entre les circonstance, c'est-à-dire chaque chose, chaque être est en interdépendance ou dépend de multiples choses et êtres, et, de chaque chose, chaque être dépend également une multitude d'autres choses et êtres.
Dans la relation de cause à effet, on pourrait dire que un acte négatif, une action négative va produire, dans un délai plus ou moins long, un effet négatif, et inversement, une cause positive va produire un effet positif. En clair, si je commets une mauvaise action, un jour ou l'autre cette action reviendra avec un effet négatif. Dans le Bouddhisme, nous voyons ceci comme une "loi physique", quelque chose de logique, et il n'y a pas la notion de rétribution ou de punition, donc il ne s'agit pas de pardonner ou d'être pardonné, ni de condamner évidemment ; chaque personne est responsable de ses actes, donc personne ne peut lui pardonner et personne ne peut le condamner, et de même, on ne peut demander pardon, miséricorde. Par contre, on peut se repentir profondément, sincèrement, ce qui produira un effet positif.
Alors, lorsque je parle de cette impossibilité de pardonner, il s'agit évidemment de la vie intérieure, il ne s'agit pas de la vie sociale ; dans notre progression spirituelle, nous ne pouvons pas demander le pardon, par contre, dans la vie de tous les jours, si nous commettons une mauvaise action envers quelqu'un, on doit demander pardon.
Pour notre progression intérieure, notre vie intérieure, s'il ne s'agit pas de demander pardon, il s'agit de développer la compassion. Je n'utiliserai donc pas le mot miséricorde, nous utilisons le mot compassion. Cette compassion, nous devons la développer dans tous les aspects de notre vie, instant après instant, et  là-dessus, je rejoins Nicolas. Dans le Bouddhisme Mahayana, qui comprend le Bouddhisme tibétain et le Bouddhisme Zen, la compassion est la plus grande vertu que nous devons développer, c'est l'accomplissement de toutes les pratiques. Tous les enseignements, toutes les prières, toutes les pratiques conduisent expressément au développement de la compassion.
Qu'est-ce que ça veut dire exactement la compassion dans le Bouddhisme ? C'est un terme qui est très vaste et qui comprend bonté, bienveillance, amour universel, vision éclairée, sagesse. La compassion s'approfondit, s'élargit, se développe également à plusieurs niveaux et c'est le travail de toute une vie, peut-être même au delà. Je vais essayer d'expliquer ce cheminement personnel dans la vie quotidienne et que nous essayons de mettre en place lorsque nous pratiquons le Bouddhisme. La base, c'est de respecter la vie sous toutes ses formes, la vie de tous les êtres sensibles : les êtres humains, les animaux, les plantes, toute forme de vie. Dans la mesure du possible, on évite de manger de la viande, et si on mange de la viande, on va préférer manger du bœuf à des crevettes, car un bœuf, c'est une vie sacrifiée pour nourrir plusieurs vies, des crevettes, c'est beaucoup de vies  sacrifiées pour nourrir une seule vie. Il y a des choix, nous faisons tous des choix. De toutes façons, quoi que nous mangions, nous sacrifions des êtres sensibles, c'est une nécessité pour survivre, et donc, à chaque repas, nous avons une prière de remerciement que j'évoquerai plus précisément tout à l'heure, parce qu'elle permet de comprendre notre cheminement vers la compassion. Et là, pour remercier tous les êtres qui se sacrifient pour nous pour que nous puissions survivre, et également tous ceux qui ont contribué pour que nous puissions manger, ceux qui ont fabriqué la nourriture, ceux qui ont fait que la nourriture est dans notre assiette aujourd'hui. Nous observons aussi notre motivation : pourquoi est-ce que je mange ? Faim ou gourmandise ? Excès ou modération ? Il y a d'autres aspects aussi, les animaux de toutes sortes, les insectes, ceux qu'on appelle nuisibles, ceux-là non plus nous ne les tuons pas, nous nous en protégeons, si c'est nécessaire, par diverses stratégies dont la plus efficace parait être la patience, mais nous ne les éliminons pas.
Dans la vie de tous les jours, il nous arrive de rencontrer des personnes désagréables, voire méchantes, qui nous agressent, mais si nous observons ces personnes avec l'œil de la compassion, nous verrons des personnes qui souffrent, des personnes qui sont égarées, qui ont perdu le précieux contact avec leur nature de Bouddha, alors, il n'est plus question de répondre à la méchanceté par la méchanceté, nous tachons plutôt d'entamer un dialogue avec un esprit ouvert et conciliateur. Les enseignements du Bouddha Shakyamuni, c'est la Bouddha historique, et l'expérience de la méditation nous montrent que nos ennemis peuvent devenir nos amis à condition de les considérer avec compassion, détachement et courage. Pour y arriver, c'est pas facile, il s'agit de nous changer profondément car la compassion ne peut se développer que si nous lui laissons de la place dans notre cœur, c'est pour cela que je reviendrai à cette prière des repas car elle me parait parler elle-même de ce choix intérieur qui est nécessaire. La prière commence ainsi "Don de nourriture, ô grande reconnaissance, je reçois cette offrande humblement en considérant mes imperfections..." ça veut dire qu'il faut d'abord regarder en soi-même plutôt que d'aller chercher des défauts chez les autres. La méditation nous apprend à regarder en nous-même avec détachement, et ainsi, il est beaucoup plus facile d'accepter les défauts, les erreurs des autres, parce que nous avons vu clairement les mêmes défauts et les mêmes erreurs en nous-mêmes. La prière dit ensuite "Arrêtez l'avidité, colère et ignorance, c'est la plus haute compassion", cela signifie qu'il s'agit en priorité de nettoyer notre esprit de ces trois poisons : ne pas nuire aux autres à cause de notre avidité ou de notre convoitise, de notre colère et de notre ignorance. La compassion, c'est avant tout, libérer les autres de nous-mêmes.
Elle continue encore cette prière par "Développer sagesse, générosité, effort juste, patience, énergie et concentration...", ce sont les six grandes perfections. Grâce à l'attention issue de la méditation, et aussi grâce à diverses pratiques qu'on appelle les moyens habiles , nous faisons de plus en plus de place à ces six grandes perfections qui sont fondamentales au développement de la compassion. Un grand maître Zen, maître Dogen, a dit : "Pratiquer la voie du Bouddhisme, pratiquer la méditation, c'est s'étudier soi-même ; s'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même ; s'oublier soi-même, c'est être certifié par toutes les existences du cosmos ; être certifié par toutes les existences du cosmos, c'est dépouiller notre propre corps, esprit, et celui des autres". Enfin, en s'oubliant soi-même, on est capable d'oublier ses peurs, ses protections qui souvent induisent des réactions peu adéquates et porteuses d'effets négatifs, et là, nous retrouvons notre notion de Karma : effets négatifs en raison de causes négatives. La compassion nous permet de sentir la souffrance d'autrui et de vouloir la soulager grâce à la bonté fondamentale de notre nature de Bouddha dont nous nous rapprochons de plus en plus en nous oubliant nous-même. Voici ce cheminement intérieur que nous essayons de suivre en tant que pratiquant du Bouddhisme.
Il existe enfin un dernier stade de la compassion : dans le Bouddhisme Mahayana, on est bodhisattva lorsque l'on fait passer tous les êtres avant soi-même, dans la vie courante évidemment, mais aussi sur le chemin de la libération. Donc je terminerai avec un texte de Kalou Rinpoché (qui s'était engagé dans le dialogue inter-religieux) qui s'appelle "Les huit aspirations d'un grand être". »

(Texte à écouter ci-dessous)


Rencontre inter-religieuse à la synagogue 5... par Chr-Sa-64

Questions, réactions et propositions

 

En plus des cinq premiers intervenants, d'autres ont apporté leur éclairage face aux questions

Quelques points parmi d'autres abordés pendant le partage qui a suivi :

  • Le pourquoi et le programme de ces rencontres :

- Martine Bénaïm : Il y a eu plusieurs associations qui ont organisé des manifestations après les attentats, et on a constaté le besoin de se retrouver.
- Louis Crouzat : Comme à Assise avec Jean-Paul II, il y a 30 ans, se rencontrer, prier ensemble avec l'espérance que la rencontre crée la paix dans le monde.
- Apaiser la paix sociale. C'est notre pays qui a poussé le plus loin la religion dans le secteur privé, d'où la difficulté de comprendre que la religion peut avoir un rôle social.
- Il y a un « silence religieux », une incapacité de l'élite de croire que la religion peut être facteur de désordre social ou de paix sociale. Les échanges ont donc pour but de se rencontrer et de générer un climat de vie sociale apaisée.
- Avant il n'y avait qu'un petit groupe, mais après les évènements nous avons ressenti le besoin d'ouvrir davantage. Nous avons été très heureux de commencer cette ouverture à la mosquée. De plus, la municipalité a accepté de se joindre à ce projet.

  • Une proposition :

Serait-il possible de faire des réunions avec les enfants pour qu'ils se connaissent, car commencer à la racine permet d'avancer.

  • Dialogue - Miséricorde :

- Il devrait être au quotidien pour nous aider dans nos différences.
- Si on ne la vit pas au quotidien, ça ne sert à rien d'en parler. Ne pas chercher à niveler.

  • J.M. Baux : On n'est pas tous pareil donc il faut que ce dialogue se fasse entre chaque tradition. Mais quelle est la place de cette miséricorde pour soi-même ?

- A. Françoise Deschamps : On peut l'appeler bienveillance. Il faut s'occuper de soi, sans orgueil car on ne peut être bienveillant envers les autres si on ne connait pas la bienveillance envers soi.
- Louis Crouzat : Dans le christianisme, il y a un triple commandement : « Tu aimeras ton Dieu et ton prochain comme toi-même... », mais ce dernier n'est pas mis en valeur. Si on ne s'estime pas soi-même, comment le faire pour les autres ?
Le Pape François a demandé « d'apprendre à supporter les personnes désagréables et pénibles... »

  • Doit-on se confesser ? Je suis un peu gênée. Que confesser ?

- Louis Crouzat : Le sacrement du pardon est celui qui a le plus changé dans l'histoire et il continue de changer. Je comprends votre gêne à cause de l'enseignement moral de l'Église qui était fondé sur les dix commandements, dont en particulier la luxure, l'adultère. Puis il y eut la question "Faut-il interroger les pénitents et les pénitentes ?" Et à une époque, des questions déplacées ont été posées aux femmes en particulier. J'en suis arrivé à la conviction que, si le pourcentage des enfants baptisés, catéchisés a baissé, c'est en partie à cause de cela.
Alors faut-il se confesser ? J'ai constaté qu'il y a eu du monde pour se confesser aux "24heures du pardon". La confession a sa légitimité, c'est une hygiène spirituelle. A la prison où je vais, beaucoup de détenus ont du mal à se reprocher leur acte car ils sont conscient d'avoir déçu leurs proches, leurs parents... Comment pourront-ils retrouver leur estime ?

  • La question de la dissidence :

- Dans l'Islam : Si quelqu'un sort de la voie, pas besoin de l'imam, c'est une question avec Dieu. Le repentir est possible avant le dernier souffle : « Dieu est le Tout pardonnant »
- Dans la Religion Catholique : Dieu peut tout pardonner mais pas à celui qui ne se reconnait pas pécheur.
- Dans le Bouddhisme : il n'y a pas de dissidence. La transmission se fait du maître au disciple et on ne fait rien sans autorisation. Il n'y a pas de dogme.
- Dans le Judaïsme : Il n'y a pas de pape et pas plusieurs Églises. On s'adresse directement à Dieu. Il y a plusieurs courants mais pas vraiment de dissidence. Chacun est libre de pratiquer son Judaïsme. Chacun peut aller où il se sent porté. L'étude des textes permet d'aller au plus profond des choses, et chacun peut avoir son interprétation.
- Dans la Communauté Adventiste : Quand des personnes ne partagent plus dans la communauté, il faudrait que ces personnes trouvent un autre groupe. Il y a liberté et place au pardon.
- Christine Lafon, Église Réformée : Pas de dogme, mais dans la pratique... on peut se sentir à l'écart si on n'est pas représentant d'un groupe

  • Que faites-vous dans chaque groupe pour rapprocher les gens ?

- J.M. Baux : Ne pas chercher à tout niveler mais exprimer seulement comment chacun vit sa tradition.
- La liberté de conscience n'est-elle pas au cœur de la miséricorde ! Alors respectons-nous.
- L. Crouzat : Le Concile Vatican II parle du droit à la liberté civile, sociale et religieuse : « Nul ne peut être empêché d'être libre, d'agir avec sa conscience... »

  • Pourquoi les religions existent ?

- Bouddhisme : Pour vivre des valeurs d'amour, de solidarité. Elles sont là pour que des êtres humains se respectent et vivent ensemble.
- Besoin de sens.

Conclusion


Rencontre inter-religieuse à la synagogue 6-mot... par Chr-Sa-64

C'est un chant de paix en hébreu et arabe qui a terminé cette très riche rencontre, car « la musique et le chant sont aussi des moyens de faire fraternité » (JM Baux), sans oublier ensuite le moment de convivialité autour de bons gâteaux.
Merci à chacun et à une prochaine fois pour continuer ensemble le chemin de la fraternité.


Rencontre inter-religieuse 2016 à la synagogue... par Chr-Sa-64